La bonne mère

La bonne mère

Mathilda Di Matteo

Éditions de l'Iconoclaste - 2025

9782378805074

800 km : c'est la distance qui sépare Clara de Véro, sa mère, depuis qu'elle a quitté Marseille pour faire des études brillantes à Paris. Ce week-end, pour la première fois, Clara rend visite à ses parents accompagnée. Raphaël est avec elle. Raphaël et ses gestes feutrés, son élégance naturelle, son pedigree bourgeois. À ses côtés, Clara gomme les rondeurs de son accent, lisse ses émotions, cache les photos de sa mère en veste léopard et jupe à strass. Mais l'illusion ne tiendra pas. Dans quelques minutes, il va comprendre. Il va la voir. Véro. Un girafon. C'est ce que pense Véro quand elle aperçoit Raphaël et comprend immédiatement qu'elle ne va pas l'aimer. Avec son dédain, ses mots compliqués pour rien et sa bouche fermée comme une huître. Comment est-ce qu'elle a pu tomber amoureuse de ça, ma minotte ? Voici la preuve qu'elle attendait : elle n'aurait jamais dû la laisser monter à Paris. Tout au fil du roman, mère et fille se cherchent, se fuient, se blessent sans jamais oublier de s'aimer. Comment être une bonne mère quand notre enfant nous échappe ? Comment être une bonne fille quand on a honte de celle qui nous a tout donné ? Comment s'affranchir sans trahir ? La Bonne Mère est un roman social ultracontemporain sur la violence de classe, l'inconfort de celles et ceux qui ne seront jamais tout à fait d'un monde ni d'un autre. Avec un sens du détail saisissant et une ironie mordante, Mathilda di Matteo nous plonge dans deux mondes qui se rejettent. D'un côté, Marseille et ses femmes qui parlent trop fort, ses couleurs vives et ses excès. De l'autre, Paris et ses façades grises, ses regards qui jugent et son hypocrisie glaciale. En fuyant l'un, Clara pense s'affranchir de la brutalité qui a marqué son enfance - celle de son père envers sa mère. Mais c'est une illusion. Car une même violence unit ces deux mondes - celle des pères et des amants. Alors, il faudra rompre l'héritage. Briser la chaîne. Pour que mère et fille, enfin, se réunissent et trouvent la force d'être libres.
Coup de cœur
Ça commence comme ça :
" Je me doutais bien, avec sa Grande École et ses grands airs, qu'elle allait nous ramener un petit Parisien. Elle me sort :
- Il est de Paris, maman, mais de banlieue parisienne.
Censément c'est important comme distinction. Enfin, pas besoin de connaître son adresse pour voir à des kilomètres que c'est un petit con. "

Le voilà ! Il est là ce roman éclatant, solaire malgré le drame, bien écrit, parfois drôle mais porteur d'un engagement et d'un message profond que vous cherchez inlassablement. Mathilda Di Matteo fait son entrée en littérature en nous offrant le roman d'une mère et de sa fille, des portraits croisés terriblement bien campés (Mmmhh le langage fleuri de Véro !) sur ce que c'est aujourd'hui d'être fille, mère, femme.
Un roman porté par la rage, le besoin de délivrance et la joie.
Allez, foncez !