
Passagères de nuit
Yanick Lahens
Sabine Wespieser Éditeur - 2025
Toujours avancer sans se retourner, c'est ce que murmurent à Yanick Lahens les femmes de sa propre lignée dans ce puissant roman des origines, comme arraché à son quotidien à Port-au-Prince.
Née en 1818 à La Nouvelle-Orléans, Élizabeth n'a pas reculé quand, victime de deux tentatives de viol, elle a freiné les élans prédateurs d'un ami de son père. Sa grand-mère, ancienne esclave arrivée d'Haïti au début du siècle dans le sillage du maître qui l'avait affranchie, lui a donné un exemple de résistance silencieuse : devenue une commerçante prospère, elle n'a plus jamais accepté de se soumettre au désir d'un homme. Confiante dans la force qu'elle a tôt transmise à sa petite-fille en l'invitant dans la ronde mystérieuse des divinités vaudou, elle n'hésite pas à couvrir sa fuite : Élizabeth embarque pour Port-au-Prince, où nous la retrouverons bien des années plus tard, aux commandes de sa vie, mère d'un homme qui traverse la ville en libérateur.
En cette année 1867, rien ne destinait Régina, née pauvre parmi les pauvres, à rencontrer le général Léonard Corvaseau. C'est pourtant à son côté que va se poursuivre sa trajectoire d'émancipation.
Avec ce portrait en miroir de deux femmes, ses lointaines grands-mères, qui reconnaissent chacune en l'autre « une semblable, une soeur échappée à la rudesse des conventions », la grande romancière haïtienne nous offre un magnifique hommage à toutes les Passagères de nuit (à commencer par celles des bateaux négriers), ces vaincues de l'histoire dont la ténacité et la connivence secrète opposent à la violence du monde une lumineuse vaillance.
Ça commence comme ça:
" A la veille de partir, me voilà rassemblant mes naissances. Voulant faire tenir en une seule coulée mes vies dispersées, résolues, à vif. Trois fois des dès lancés au hasard m'ont dessiné autant de chemins sans sources, sans puits, que des tracés gorgés d'eau.
La plume de Yanick Lahens est l'une des plus belles non seulement d’Haïti, mais de la langue française en général. Dans ce roman magnifique, elle plonge dans ses racines, entre Louisiane et Haiti, et raconte ses grand-mères, femmes esclaves mais non soumises, s'opposant à la violence des hommes pour trouver le chemin de la liberté, et le transmettre.
" A la veille de partir, me voilà rassemblant mes naissances. Voulant faire tenir en une seule coulée mes vies dispersées, résolues, à vif. Trois fois des dès lancés au hasard m'ont dessiné autant de chemins sans sources, sans puits, que des tracés gorgés d'eau.
La plume de Yanick Lahens est l'une des plus belles non seulement d’Haïti, mais de la langue française en général. Dans ce roman magnifique, elle plonge dans ses racines, entre Louisiane et Haiti, et raconte ses grand-mères, femmes esclaves mais non soumises, s'opposant à la violence des hommes pour trouver le chemin de la liberté, et le transmettre.