L'international des rivières

L'international des rivières

Camille de Toledo

Éditions Verdier - 2026

9782378562830

Des entités naturelles s'arrachent petit à petit au monde des « objets » pour devenir des « sujets ». Nous sommes en 2030, des rivières, des lacs, des espèces végétales, animales, des phénomènes biophysiques comme les vagues, jusqu'à la Terre dans son entier, sont devenus des « personnes » dotées de « visages humains » et de « voix humaines » pour exprimer leurs besoins, leurs valeurs, leurs perspectives autres qu'humaines. Dans ce « récit du futur », Camille de Toledo imagine les suites de ce qu'il a nommé le « soulèvement légal terrestre ». Comment une rivière, nommée L, avec l'aide de ses avocats, va pousser plus loin ce mouvement pour les droits de la nature. Après les premiers grands bouleversements, qui ont permis à des fleuves comme l'Atrato en Colombie ou la Whanganui en Nouvelle-Zélande d'être reconnus comme des entités vivantes, dotées de droits, les avocats de L déposent une requête surprenante devant le tribunal. Ils demandent la reconnaissance du « corps travailleur » de la rivière. Cette discrète requête va déclencher des controverses, bousculer les plis de nos sociétés, et faire basculer les droits de la nature vers un droit social des entités naturelles exploitées. L, en s'affirmant comme un corps travailleur en lutte pour de meilleures conditions d'emploi, un droit de grève, et des contreparties sur les usages humains qui lui sont imposés, va produire une bifurcation de l'ensemble du système économique. C'est la naissance d'une économie politique terrestre qui nous est ici racontée.
Coup de cœur
Ça commence comme ça :
"Il était une fois une rivière, L, entravée par des barrages, de grandes infrastructures industrielles, des villes installées sur ses rives...
L avait longtemps été considérée comme une ressource propice aux humains.
Le langage employé à son endroit était, sans surprise, celui d'une économie utilitariste qui considérait les éléments du monde comme étant au service des intérêts humains.
Certains cherchaient bien à protéger L, mais à la vérité, on l'exploitait inlassablement."

Et si les rivières étaient désormais dotées d'une identité ? De droits ? Et des mêmes droits sociaux que les humains, notamment celui de recevoir un salaire en échange de la production de richesse ? Qu'est-ce que ça signifierait ? Camille de Toledo pousse l'exercice de pensée utopique encore plus loin, après son Parlement de Loire. Et c'est particulièrement stimulant !