La graine

La graine

Jacqueline Manicom

Gallimard - 2026

9782073135957

Sage-femme guadeloupéenne à Paris dans les années 1960 et 1970, Jacqueline Manicom voit tout : les avortements clandestins, les grossesses imposées, les violences médicales, le mépris social et le racisme ordinaire qui hantent les couloirs de l'hôpital. De cette expérience pré-loi Veil naît La graine (1974). Bien plus qu'un journal, c'est un texte incandescent et bouleversant, à la fois manifeste et prière. Jacqueline Manicom y mêle la vérité technique à une langue charnelle. Elle raconte la banalité et le vertige de la naissance, à une époque où les sages-femmes risquent leur poste si elles osent parler. Unique femme noire parmi les signataires du «manifeste des 343», témoin au procès de Bobigny aux côtés de Gisèle Halimi et de Simone de Beauvoir, fondatrice du planning familial à la Guadeloupe dès 1964, Jacqueline Manicom incarne une pensée à la croisée des luttes de sexe, de classe et de race. Épuisée par les combats et le racisme, elle met fin à ses jours en 1976, à quarante et un ans. Cinquante ans plus tard, la réédition de La graine rend justice à celle qui a voulu dire la vérité crue des corps et faire entrer en littérature ce que l'on préférait taire.
Coup de cœur
Ça commence comme ça :
"J'ai ôté la blouse rose froissée, tachée de liquide amniotique et de sang, et j'ai laissé se détendre mon corps las sous la douche tiède."

Le nom de Manicom résonne dans l'histoire du féminisme des années 60. Mais qui connaît sa langue, si vive et humaine ? Dans La graine, la sage-femme qu'elle était dévoile un quotidien éreintant dans une maternité parisienne, lieu de dominations mais aussi de joies intenses. C'est aussi un manifeste pour une contraception choisie dans ces années où l'avortement est illégal.